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Le chemin historique du Trobreiz entre Saint-Pol-de-Léon et Tréguier



Les voies romaines

Au début du Moyen-Âge, on utilisait presque exclusivement le réseau routier gallo-romain pour les voyages à grande distance. Si on veut retrouver l'itinéraire historique du Trobreiz, on doit d'abord retrouver les voies romaines. De nombreuses études, souvent erronées, ont été publiées sur ce sujet aux XIXe et XXe siècle. Depuis environ l'an 2000, les repérages aériens, les photos satellites, les relevés LIDAR et les fouilles de sauvetage ont permis d'en savoir beaucoup plus sur les voies romaines. Même si elles restent encore localement lacunaires, les dernière recherches sur les voies romaines de Bretagne permettent maintenant de garantir des tracés globalement exacts.

La voie romaine de Saint-Pol à Morlaix

Saint-Pol n'est pas une destinatation gallo-romaine. Une voie romaine est cependant très probable entre Roscoff et Morlaix par Pont-Éon et Penzé. La voie passait à 1km à l'ouest de Saint-Pol. On a une confirmation dans la vie de saint Paul-Aurélien écrite par le moine Wrmonoc en 884 :

Saint Paul donc, accompagné des siens, prend la route, le berger marchant devant. Il s'en va par la grand' route qui conduit de l'église de la paroisse citée plus haut vers le couchant du soleil. Il arrive à la ville forte qui est maintenant appelée de son nom. Il entre par la porte ouest de cette place forte, qui, a été récemment bâtie en un style plus remarquable [1, p. 197].

Dans le texte latin, c'est le terme VIA PUBLICA, traduit ici par "grand' route", qui est utilisé. Le terme VIA PUBLICA s'applique très certainement ici, comme c'est généralement le cas à l'époque, à une ancienne voie romaine [2]. Il est probable que la voie romaine qui partait de Roscoff vers le sud se divisait au niveau du bourg de Plouénan. Une branche partait vers Morlaix et une autre vers Quimper par l'ouest de Guiclan, Lampaul-Guimiliau, Locmélar, Sizun et Lopérec.

La voie romaine de Morlaix à Lannion

Cette voie est bien connue à l'est de Lanmeur. Elle passe par la lieue de Grève à Plestin et reste confondue ou très proche de l'actuelle D786 entre Plestin et Lannion. À Lannion, le franchissement du Léguer s'effectuait là où se trouve aujourd'hui le Pont de Kermaria. À l'ouest de Lanmeur, la situtation reste incertaine. À 2500m à l'est de Lanmeur, vers l'ouest, une branche semble aller vers Lanmeur alors qu'une autre semble se diriger vers Morlaix en passant par ou près de Garlan. L'itinéraire par Garlan reste très incertain parce qu'il franchit beaucoup de cours d'eau. L'itinéraire par Lanmeur semble beaucoup plus probable parce qu'il évite le franchissement de plusieurs affluents du Dourduff. Il pourrait rejoindre Morlaix en passant par l'actuel aéroport de Morlaix.

La voie romaine de Lannion à Saint-Brieuc

Cette voie devait passer à 300m au sud de l'église de Rospez en suivant une route aujourd'hui appelée Rue du Chemin Vert. Elle devait franchir le Guindy à Troguindy avant de rejoindre Pontrieux. De là, son itinéraire est bien connu jusqu'à Saint-Brieuc par Lanvollon et Trégomeur.

De Lannion à Tréguier par les voies romaines

Se détachant à Rospez de la voie de Lannion à Saint-Brieuc, une branche pouvait partir vers Tréguier par Langoat. Son origine gallo-romaine est peu probable. Pour aller de Lannion à Tréguier au début du Moyen-Âge, il fallait sans doute suivre la voie de Lannion à Pontrieux par le sud de Quemperven jusqu'au niveau de Langoat (croisement des actuelles D65 et D74), puis suivre la voie qui reliait Carhaix à Tréguier ou Penvénan. Cette dernière passait par Langoat d'où on pouvait rejoindre facilement Tréguier. Au cours du temps, des liaisons directes entre Lannion et Tréguier ont été créées. L'évolution pour aboutir à l'actuelle D786 a sans doute pris des siècles. Un itinéraire primitif passant légèrement au sud de la D786 est possible par la Ville Blanche, Pont Kéréon, Pont Poyès en Lanmérin et Langoat.

L'itinéraire historique du Trobreiz entre Saint-Pol et Tréguier

Au Haut Moyen-Âge, la route principale pour aller de Saint-Pol à Tréguier passait par Penzé, Morlaix, probablement Lanmeur, Plestin, Lannion, le sud de Rospez et Langoat. Dès cette époque, des raccourcis pouvaient déjà exister. On pouvait franchir la Rivière de Morlaix à Locquénolé. Il y a tout lieu de croire que dans sa pérégrination qui l'a conduit de Ploufragan près de Saint-Brieuc, à Landévennec, saint Guénolé a fait étape à Locquénolé. Ainsi, l'itinéraire probable du Trobreiz entre Saint-Pol et Tréguier passe par Locquénolé, Lanmeur, Plestin et Lannion.

Le témoin n°97 du procès de canonisation de saint Yves confirme l'itinéraire entre Lannion et Tréguier :

TEMOIN 97 Margilia, épouse du fils Théos, de la paroisse de Lanmeur, âgée de 55 ans ou environ...
"Un jour, en compagnie d'une autre femme nommée Mahaut, épouse de Rivallon Leizour, de la même paroisse, j'allais en pèlerinage visiter les basiliques des Sept Saints de Bretagne, et je rencontrai Yves Hélory sur la route entre la cité de Tréguier et la ville nommée Lannion.

TEMOIN 98 Mahaut, épouse de Rivallon Leyzour, de la même paroisse, âgée de 50 ans ou environ..
"J'ai vu dom Yves un jour donner son chaperon à un pauvre qui lui demandait l'aumône... Trente ans et plus se sont écoulés depuis lors ; c'était un lundi autour de la fête de la Pentecôte, je crois. Etaient présents ma compagne et moi et dom Yves. Cela se passait sur la route entre Tréguier et Lannion. J'allais avec le témoin précédent en pèlerinage aux Sept Saints de Bretagne.

Ce n'est pas un groupe organisé, mais seulement deux femmes qui partent faire le voyage des sept saints. Le terme employé "route entre Tréguier et Lannion" semble indiquer qu'on suivait déjà une route directe entre ces deux cités. Avant Lannion, ces deux femmes étaient passées par la lieue de grève à Plestin, seule route possible.

Références

  1. B. Tanguy, J. an Irien, S. Falhun, Y.-P. Castel. Saint Paul Aurélien Vie et culte. Minihi Levenez 1991.
  2. B. Tanguy. L'itinéraire religieux de saint Paul Aurélien en Léon. Dans Sur les pas de Paul Aurélien, Colloque Centre de recherche bretonne et celtique. CRBC 7-8 juin 1991, pp. 79-91.